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savoir vivre en entreprise
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Le guide du savoir-vivre en entreprise

Sophie de Menthon

Illustrations Jean-Pierre Autheman

 

Introduction

S’il y a bien une chose dont je suis certaine en écrivant ce petit guide, c’est qu’aucun lecteur ne se sentira concerné par ce qui va suivre, sinon pour y reconnaître les autres. Je suis consciente du privilège que j’ai, de n’être lue que par des gens irréprochables et qui n’ont d’autres objectifs que de faire profiter leur prochain de leur conception (la bonne !) du savoir-vivre.

Si le lecteur constate que son attitude diverge considérablement dans quelques situations particulières de ce qui est « conseillé » dans ce guide, c’est que je me suis trompée sur ce qui se fait ou ne se fait pas ! Bref, j’ai le plaisir d’écrire sur un sujet qui ne concerne strictement personne, mais qui, selon l’avis général, intéresse tout le monde.

Avant d’être des règles, savoir-vivre et communication d’entreprise (indissociables) devraient être des témoignages d’attention et de délicatesse. Malgré l’émergence d’une considération nouvelle pour tout ce qui concerne les ressources humaines, il nous faut nous rendre à l’évidence : l’entreprise fait figure de Madame Sans-gêne dans un monde où le libéralisme économique a induit un libéralisme des usages laissant libre cours à une décontraction revendiquée dans les relations humaines.

La revalorisation du rôle du chef d’entreprise, la recherche de cadres de plus en plus « supérieurs », la métamorphose des secrétaires en « assistantes » et des femmes de ménage de bureaux en « techniciennes de surface », n’ont pas pour autant

élevé le niveau de courtoisie. Le constat est sans appel : l’entreprise est mal élevée !

Serait-ce à cette fameuse conjoncture que nous devons l’accroissement d’une nouvelle classe sociale professionnelle, celle des business ploucs Issus de tous les horizons, on les retrouve partout. «Ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient atteints.

Le président le plus élégant d’une prestigieuse multinationale peut être atteint du virus et toute trace d’éducation s’évanouir. L’arrivisme fait oublier les rudiments élémentaires de l’éducation ; le pouvoir transforme en mufle, les médias créent des mégalos, et tout cela nous plonge dans une ambiance curieuse de relationnel douceâtre au détriment des principes de base d’un comportement courtois.

On se croit bien élevé parce qu’on se souhaite tout et n’importe quoi à longueur de journée : « bonne journée…bonne fin d’appétit (SIC : au restaurant), au moment du dessert… bonne soirée… bonne séance… bonne réunion… bon RTT ! » On a plus le temps de dire autre chose. Un tic sociétal compensatoire.

Toute ressemblance avec des personnes existantes n’a strictement rien de fortuit.

Savoir être ou le respect des valeurs

« Dans l’humanité il n’y a que les détails qui changent » Selon Kant, la politesse «cela ne se fait pas » est antérieure à la morale « cela ne doit pas se faire »  Ce qui revient à dire que les consignes basiques d’une éducation qui commence dès la petite enfance sont le socle sur lequel s’ancre la morale. Mais notre comportement est bien souvent schizophrène : tel être exquis en famille sera un rustre parfait avec des étrangers ; tel chef d’équipe respectueux de ses employés sera un tyran domestique ; un ami délicat et plein d’attentions fera un patron exécrable… Le poids symbolique qu’on attache aux êtres et aux situations dicte la plupart de nos attitudes. Or ces valeurs connaissent un bouleversement correspondant à celui de la technologie et si l’on peut aisément gérer les conséquences d’une évolution technique, les évolutions sociologiques, elles, sont insidieuses et infiniment plus complexes.

L’entreprise est un corps social mal défini qui n’obéit réellement à aucune règle de comportement individuel.                   Aujourd’hui extrêmement composite, ce corps social professionnel est constitué d’une part, des héritiers de ces messieurs les « ronds de cuirs » chers à la fin du XIX qui persistent et signent, indifférents aux ordinateurs qui côtoient leurs encriers et d’autre part, d’une nouvelle génération qui baigne dans une culture d’entreprise sans limites territoriales, sans contraintes techniques et pour qui les ressources humaines se gèrent comme le reste, à l’arraché.

L’honnêteté.

C’est le commandement de base dans la hiérarchie des valeurs. Ses contours sont devenus très élastiques malgré le grand retour de l’éthique. La « gratte » dans l’entreprise est devenue monnaie courante, on « emprunte » extrêmement facilement. On « trouve » encore plus aisément (vous ferez beaucoup rire en demandant où sont les « objets perdus » lorsque vous ramasserez quelque chose dans la rue, fût-ce devant l’immeuble de votre bureau). La « fauche » est devenue un sport national. Le vocabulaire lui-même est complice puisqu’il fournit pour tous ces actes une multitude de sympathiques euphémismes. Si vous les remplacez par le mot « vol » ceux que vous prenez à témoin haussent les épaules, signifiant par-là que vous exagérez et que vous faites preuve d’un moralisme excessif. L’incivilité n’est déjà plus condamnable sévèrement. Le rusé et le débrouillard suscitent la sympathie et l’admiration tandis que le consciencieux fait figure d’imbécile.

L’honneur

On n’en entend plus beaucoup parler, en tout cas dans le monde de l’entreprise. La fluidité des masses salariées a banalisé le licenciement. Pour nos parents, « être renvoyé » constituait l’affront suprême, le désaveu absolu. En 2004, vous avez statistiquement toutes les chances de l’être une ou deux fois dans votre vie professionnelle ; tant et si bien que la honte d’hier est presque une gloire aujourd’hui. Être « viré » se revendique haut et fort comme une manifestation de sa forte Savoir être ou le respect des valeurs personnalité, de l’audace dont on a fait preuve en ayant occupé un poste à risques, d’une aptitude à être dans le mouvement, au sens dynamique du terme (nous excluons bien sûr de cette remarque ceux qui sont licenciés et victimes des contraintes d’une situation économique). La fierté, la solidité de l’emploi, la fidélité à l’entreprise sont des valeurs éteintes tout simplement parce qu’on ne sait pas très bien par quoi les remplacer. Le savoir-vivre nous met sur le bon chemin.

Le respect de la parole donnée,

Voilà qui fait sourire, et là aussi il y a de quoi être troublé. La complication croissante de la jurisprudence, la multitude des tractations financières des OPA ou de simples rachats ou encore la complexité de contrats en tout genre imposent une double lecture permanente des engagements pris et une méfiance systématique. Les protocoles d’accord, rédigés par des professionnels ne contiennent plus la moindre faille, et tous les pièges possibles sont soigneusement étudiés et dissimulés pour éviter de revenir sur ce qui a été prévu. Le respect des engagements n’a de sens que pour les perdants ; dans la règle actuelle du jeu, les accords sont faits pour être rompus et l’on n’a une bonne réputation que lorsqu’on tient un partenaire à sa merci. Plus que jamais, la fin justifie les moyens et l’on ferme complaisamment les yeux sur les méthodes.

La dignité.

Valeur satellite de l’honneur, garde un peu plus de sens mais sans faire l’unanimité. On l’attribue volontiers aux « coincés », qui s’y drapent faute d’être « cool ». C’est aussi, pense-t-on la valeur refuge des perdants.

Le désintéressement

Si vous affirmez que vous en faites preuve, on en déduira que vous n’aimez pas les

Challenges que vous ne « ferez pas d’argent » ou plus élégamment, que vous serez un mauvais gestionnaire. Mais « un homme qui ne demande jamais de service à quelqu’un finit par se faire la réputation d’un homme qui n’en rend pas ».

La modestie

Elle n’est pas au tableau d’honneur. Peut-être manquez-vous de confiance en vous ? Pire, n’est-ce pas simplement que vous n’êtes pas médiatique ? Tous ces renversements brouillent les pistes et relèguent le savoir-vivre traditionnel aux entrepôts des PME de province ; la capitale et les grandes villes étant les principaux foyers du virus de la goujaterie, la concentration y est maximale et l’effet d’entraînement considérable.

Les services

A force de faire payer les services, on ne sait plus rendre service. Mal remise d’une Révolution qui a assimilé le « service » à une exploitation aristocratique, la notion de service n’est plus que marketing Il s’agit d’une disparition plus grave qu’elle n’en a l’air. Qui ramasse un gant perdu dans la rue ? Qui cède sa place ? Qui laisse passer ? Qui tient la porte ? Qui se donne la peine de Savoir être ou le respect des valeurs ;

Faire quelque chose, gratuitement, pour quelqu’un que l’on connaît à peine ?

Les objets perdus » sont une institution ancestrale qui survit, on ne sait comment. Qui se donnerait la peine de rapporter au commissariat un objet trouvé ? Et de l’absence de gratuité du geste découle, pernicieusement, une forme de malhonnêteté.

Les valeurs

Si « la valeur n’attend pas le nombre des années », les valeurs, elles, sont tellement revendiquées qu’elles en perdent tout leur sens. On confond la valeur de l’argent, les valeurs d’entreprise ou le more value for money grand principe marketing qui consiste à en donner plus pour son argent au consommateur, etc. Les vraies valeurs doivent se partager et se respecter ; elles ne découlent pas d’une charte interne ou d’un axe de communication… Les valeurs de l’entreprise ne seront que la somme de la valeur morale et comportementale individuelle de chacun des collaborateurs.

Encore faut-il respecter les hommes, leur conscience et leur libre arbitre sans tout sacrifier sur l’hôtel de la performance.

La politesse

Certes, ce n’est pas en soi une valeur mais c’est en tout cas une qualité qui permet la vertu. L’affranchissement de règles, considérées comme bourgeoises, a laissé un vide qui n’est pas simplement celui d’un code mondain réservé aux coincés. La bonne éducation est comme ces légumes oubliés des potagers d’antan que l’on redécouvre actuellement. L’école et encore moins la fac refusent d’éduquer pour se recentrer sur leur mission qui est d’instruire, les parents baissent souvent les bras et l’on entre alors dans la vie professionnelle pour « gagner sa vie », de plus en plus désarmé par cet univers impitoyable. En même temps, on veut à tout prix être heureux dans l’entreprise. Pour cela encore faudrait-il savoir y vivre…

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